La vérité sur les déchets du Probo Koala

Des années plus tard, comment savoir ce que contenaient réellement les déchets déversés depuis les cuves du Probo Koala ? De nombreuses analyses ont pourtant été menées sur ces slops. Mais seules les analyses les moins sérieuses et les plus alarmistes ont été retenues afin d’entretenir un storytelling permettant, à son tour, d’entretenir la machine à cash qu’est devenue cette affaire.

Que transportait le Probo Koala ?

Durant le mois de juin 2006, trois cargaisons de naphta de cokéfaction sont livrées, de navire à navire, au Probo Koala. Il s’agit d’un composé de base de l’essence qui, à bord du navire, comportait des quantités de mercaptans supérieures à la normale. Les mercaptans sont présents dans tous les carburants, en quantités diverses, et émettent une odeur sulfureuse particulièrement désagréable à l’homme – une odeur « d’oeuf pourri ». Afin de réduire les impuretés des composés de base présents dans l’essence, l’équipage du Probo Koala entreprend de « nettoyer » sa cargaison, par un lavage à la soude caustique – lavage qui a pour nom « procédé Merox ». Ce procédé chimique ne supprime pas les mercaptans ; il permet de séparer la cargaison en deux couches : du naphta de cokéfaction « nettoyé », en surface, et des déchets qui retombent au fond des cuves du navire, les fameux « slops ». Au terme du processus de nettoyage, il restera donc 528 mètres cubes de slops à bord du Probo Koala : un mélange de naphta de cokéfaction, d’eau, de soude caustique et d’une très faible quantité de catalyseur.

Comme le révèle un mail envoyé par Trafigura à son agent maritime à Abidjan, la société WAIBS, « les résidus à bord sont un mélange d’essence et de soude caustique avec une forte concentration de mercaptans. En raison de la forte concentration de mercaptan, le mélange a une extrêmement forte odeur et doit être retiré du navire et éliminé convenablement pour éviter tout souci environnemental ou des problèmes avec les autorités… ». Si l’odeur des slops du Probo Koala est effectivement très désagréable, ces déchets sont-ils pour autant dangereux pour l’homme ?

Les slops déversés étaient-ils toxiques ?

Avant d’être déversés de manière sauvage par la société Tommy à Abidjan, les slops du Probo Koala ont été déchargés une première fois, à Amsterdam. Si la puanteur qu’ils dégagent fait intervenir les pompiers, ceux-ci assurent qu’ils ne comportent pas de danger. Aucun cas d’intoxication ne sera déclaré à Amsterdam après le départ du Probo Koala. Le National Forensic Institute (NFI) néerlandais prélèvera des échantillons des slops du navire et livrera ses conclusions dans un rapport, selon lequel, si les déchets contenaient bien quelque chose d’inhabituel, ceux ci auraient pu être traités comme des slops de déchets chimiques standard, par incinération. Au premier procès mené à Amsterdam (2009-2010), l’expert du NFI appelé à la barre déclarera qu’il « pense que c’eut été mieux d’avoir appelé la substance ”sulphide” » et non hydrogène sulfuré. Une analyse que reprendront à leur compte les responsables de l’agence environnementale Milton, en juin 2010, en déclarant « qu’il est clair que les slops (…) ne contiennent pas d’hydrogène sulfuré et que par conséquent (il) n’a pas été libéré ».

A Abidjan, les 528 tonnes de déchets sont déversées dans les décharges de la ville. L’odeur pestilentielle se répand. Le CIAPOL (Centre ivoirien antipollution), une structure sans moyens humains ni matériels, fait prélever des échantillons par la SIR (Société ivoirienne de raffinage). Les analyses que le CIAPOL livre sont particulièrement farfelues : le taux d’hydrogène sulfuré (H2S) annoncé par le Centre ivoirien antipollution est si élevé que le déversement des slops aurait dû tuer des milliers de personnes. En effet, si l’hydrogène sulfuré est une molécule toxique, elle n’est dangereuse qu’au moment de sa libération, soit à l’instant même du déversement. Contre toute logique, et malgré le nombre et le sérieux des analyses effectuées par d’autres organismes, ce sont ces analyses erronées que retiendront la justice ivoirienne, les médias et une grande partie de l’opinion publique.

Dès les premiers jours après le déversement des slops, une mission de spécialistes est pourtant dépêchée sur place. Elle comprend un chimiste du Service départemental d’incendie et de secours de la Moselle, trois sapeurs-sauveteurs de la sécurité civile française, spécialisés en chimie, et un pharmacien toxicologue. Ayant à leur disposition le produit directement issu des cuves du Probo Koala, ces experts déclarent que « les conséquences sur les personnes semblent désormais écartées puisque les produits les plus toxiques (H2S) étant très volatiles, ils se sont évaporés ». Mais, complètent les chimistes français, « les mercaptans sont des produits très odorants et donc perceptibles à des concentrations très inférieures au seuil de danger. (…) Il ne s’agit donc plus d’une menace toxique mais d’une problématique d’information des populations ». Les experts de la Sécurité civile française analysent également les slops déversés dans les décharges. Ils concluent qu’il s’agit d’un résidu de raffinage très riche en composés soufrés volatiles (mercaptan, disulfures) et phénols. Leurs analyses ne révèlent pas la présence d’hydrogène sulfuré en concentration toxique, corroborant les conclusions du NFI hollandais.

Les Français ne seront pas les seuls à se rendre à Abidjan, afin d’analyser la toxicité des slops du Probo Koala. De nombreux organismes internationaux tenteront de faire la lumière sur la composition exacte des déchets : les représentants du Secrétariat de la Convention de Bâle, une structure qui gère les effets des déchets dangereux ; le Système des Nations Unies pour l’évaluation et la coordination en cas de catastrophes (UNDAC) ; l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ; etc. Mais le travail de beaucoup de ces organismes sera intentionnellement retardé et freiné, comme celui des experts de l’OMS, auxquels sera refusée la possibilité de prélever les déchets et de les faire analyser dans leurs propres laboratoires. L’US Centers for Disease Control and Prevention (CDC Atlanta) se verra, lui aussi, opposer une fin de non-recevoir par les autorités ivoiriennes. Selon les scientifiques américains, « aucun examen formel n’a été réalisé pour confirmer que les patients malades présentent des signes cliniques compatibles avec une exposition aigüe aux déchets pétrochimiques ». Les rapports de l’OMS, du CDC Atlanta et de Milton ne seront jamais rendus publics.

En septembre 2006, le Probo Koala fait escale au port de Paldiski, en Estonie, où de nouvelles analyses seront effectuées. Selon le Premier ministre estonien d’alors, « il n’y a rien de mystique dans les déchets du Probo Koala (…). On n’y trouve que du pétrole et des produits pétroliers. Il n’y a rien à craindre ».

C’est précisément parce qu’il n’y avait « rien à craindre » que ces analyses internationales ont été passées sous silence par tous ceux qui avaient intérêt à ce que le scandale éclate : les autorités politiques ivoiriennes, les avocats européens, les ONG et médias occidentaux, etc.

Des années plus tard, comment savoir ce que contenaient réellement les déchets déversés depuis les cuves du Probo Koala ? De nombreuses analyses ont pourtant été menées sur ces slops. Mais seules les analyses les moins sérieuses et les plus alarmistes ont été retenues afin d’entretenir un storytelling permettant, à son tour, d’entretenir la machine à cash qu’est devenue cette affaire.

 

Que transportait le Probo Koala ?

 

Durant le mois de juin 2006, trois cargaisons de naphta de cokéfaction sont livrées, de navire à navire, au Probo Koala. Il s’agit d’un composé de base de l’essence qui, à bord du navire, comportait des quantités de mercaptans supérieures à la normale. Les mercaptans sont présents dans tous les carburants, en quantités diverses, et émettent une odeur sulfureuse particulièrement désagréable à l’homme – une odeur « d’oeuf pourri ». Afin de réduire les impuretés des composés de base présents dans l’essence, l’équipage du Probo Koala entreprend de « nettoyer » sa cargaison, par un lavage à la soude caustique – lavage qui a pour nom « procédé Merox ». Ce procédé chimique ne supprime pas les mercaptans ; il permet de séparer la cargaison en deux couches : du naphta de cokéfaction « nettoyé », en surface, et des déchets qui retombent au fond des cuves du navire, les fameux « slops ». Au terme du processus de nettoyage, il restera donc 528 mètres cubes de slops à bord du Probo Koala : un mélange de naphta de cokéfaction, d’eau, de soude caustique et d’une très faible quantité de catalyseur.

 

Comme le révèle un mail envoyé par Trafigura à son agent maritime à Abidjan, la société WAIBS, « les résidus à bord sont un mélange d’essence et de soude caustique avec une forte concentration de mercaptans. En raison de la forte concentration de mercaptan, le mélange a une extrêmement forte odeur et doit être retiré du navire et éliminé convenablement pour éviter tout souci environnemental ou des problèmes avec les autorités… ». Si l’odeur des slops du Probo Koala est effectivement très désagréable, ces déchets sont-ils pour autant dangereux pour l’homme ?

 

Les slops déversés étaient-ils toxiques ?

 

Avant d’être déversés de manière sauvage par la société Tommy à Abidjan, les slops du Probo Koala ont été déchargés une première fois, à Amsterdam. Si la puanteur qu’ils dégagent fait intervenir les pompiers, ceux-ci assurent qu’ils ne comportent pas de danger. Aucun cas d’intoxication ne sera déclaré à Amsterdam après le départ du Probo Koala. Le National Forensic Institute (NFI) néerlandais prélèvera des échantillons des slops du navire et livrera ses conclusions dans un rapport, selon lequel, si les déchets contenaient bien quelque chose d’inhabituel, ceux ci auraient pu être traités comme des slops de déchets chimiques standard, par incinération. Au premier procès mené à Amsterdam (2009-2010), l’expert du NFI appelé à la barre déclarera qu’il « pense que c’eut été mieux d’avoir appelé la substance ”sulphide” » et non hydrogène sulfuré. Une analyse que reprendront à leur compte les responsables de l’agence environnementale Milton, en juin 2010, en déclarant « qu’il est clair que les slops (…) ne contiennent pas d’hydrogène sulfuré et que par conséquent (il) n’a pas été libéré ».

 

A Abidjan, les 528 tonnes de déchets sont déversées dans les décharges de la ville. L’odeur pestilentielle se répand. Le CIAPOL (Centre ivoirien antipollution), une structure sans moyens humains ni matériels, fait prélever des échantillons par la SIR (Société ivoirienne de raffinage). Les analyses que le CIAPOL livre sont particulièrement farfelues : le taux d’hydrogène sulfuré (H2S) annoncé par le Centre ivoirien antipollution est si élevé que le déversement des slops aurait dû tuer des milliers de personnes. En effet, si l’hydrogène sulfuré est une molécule toxique, elle n’est dangereuse qu’au moment de sa libération, soit à l’instant même du déversement. Contre toute logique, et malgré le nombre et le sérieux des analyses effectuées par d’autres organismes, ce sont ces analyses erronées que retiendront la justice ivoirienne, les médias et une grande partie de l’opinion publique.

 

Dès les premiers jours après le déversement des slops, une mission de spécialistes est pourtant dépêchée sur place. Elle comprend un chimiste du Service départemental d’incendie et de secours de la Moselle, trois sapeurs-sauveteurs de la sécurité civile française, spécialisés en chimie, et un pharmacien toxicologue. Ayant à leur disposition le produit directement issu des cuves du Probo Koala, ces experts déclarent que « les conséquences sur les personnes semblent désormais écartées puisque les produits les plus toxiques (H2S) étant très volatiles, ils se sont évaporés ». Mais, complètent les chimistes français, « les mercaptans sont des produits très odorants et donc perceptibles à des concentrations très inférieures au seuil de danger. (…) Il ne s’agit donc plus d’une menace toxique mais d’une problématique d’information des populations ». Les experts de la Sécurité civile française analysent également les slops déversés dans les décharges. Ils concluent qu’il s’agit d’un résidu de raffinage très riche en composés soufrés volatiles (mercaptan, disulfures) et phénols. Leurs analyses ne révèlent pas la présence d’hydrogène sulfuré en concentration toxique, corroborant les conclusions du NFI hollandais.

 

Les Français ne seront pas les seuls à se rendre à Abidjan, afin d’analyser la toxicité des slops du Probo Koala. De nombreux organismes internationaux tenteront de faire la lumière sur la composition exacte des déchets : les représentants du Secrétariat de la Convention de Bâle, une structure qui gère les effets des déchets dangereux ; le Système des Nations Unies pour l’évaluation et la coordination en cas de catastrophes (UNDAC) ; l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ; etc. Mais le travail de beaucoup de ces organismes sera intentionnellement retardé et freiné, comme celui des experts de l’OMS, auxquels sera refusée la possibilité de prélever les déchets et de les faire analyser dans leurs propres laboratoires. L’US Centers for Disease Control and Prevention (CDC Atlanta) se verra, lui aussi, opposer une fin de non-recevoir par les autorités ivoiriennes. Selon les scientifiques américains, « aucun examen formel n’a été réalisé pour confirmer que les patients malades présentent des signes cliniques compatibles avec une exposition aigüe aux déchets pétrochimiques ». Les rapports de l’OMS, du CDC Atlanta et de Milton ne seront jamais rendus publics.

 

En septembre 2006, le Probo Koala fait escale au port de Paldiski, en Estonie, où de nouvelles analyses seront effectuées. Selon le Premier ministre estonien d’alors, « il n’y a rien de mystique dans les déchets du Probo Koala (…). On n’y trouve que du pétrole et des produits pétroliers. Il n’y a rien à craindre ».

 

C’est précisément parce qu’il n’y avait « rien à craindre » que ces analyses internationales ont été passées sous silence par tous ceux qui avaient intérêt à ce que le scandale éclate : les autorités politiques ivoiriennes, les avocats européens, les ONG et médias occidentaux, etc.