Probo Koala : cargaison et itinéraire d’un supertanker affrété par la société Trafigura

Si le cœur de « l’affaire » du Probo Koala réside bien à Abidjan, en Côte d’Ivoire, retracer l’itinéraire du navire et de sa cargaison permet d’éclairer l’enchainement des évènements. Loin de vouloir se décharger des déchets incriminés dans les décharges à ciel ouvert d’un pays en développement, Trafigura, la compagnie qui affrétait le Probo Koala, a d’abord choisi le port d’Amsterdam, aux Pays-Bas. De quoi était réellement composée la cargaison du navire ? Quelles furent les escales réalisées par le Probo Koala ?

Si le cœur de « l’affaire » du Probo Koala réside bien à Abidjan, en Côte d’Ivoire, retracer l’itinéraire du navire et de sa cargaison permet d’éclairer l’enchainement des évènements. Loin de vouloir se décharger des déchets incriminés dans les décharges à ciel ouvert d’un pays en développement, Trafigura, la compagnie qui affrétait le Probo Koala, a d’abord choisi le port d’Amsterdam, aux Pays-Bas. De quoi était réellement composée la cargaison du navire ? Quelles furent les escales réalisées par le Probo Koala ?

Affrété par la société Trafigura, le Probo Koala a reçu plusieurs cargaisons de naphta de cokéfaction, un composé de base de l’essence. Particulièrement riches en mercaptans, des substances très odorantes, le naphta doit être nettoyé à bord. Les 528 mètres cubes de déchets résultant de l’opération sont d’abord déchargés à Amsterdam, avant d’être à nouveau embarqués à bord du Probo Koala. A Abidjan, la société Tommy déverse les déchets à l’air libre, dans plusieurs décharges de la ville.

Si le cœur de « l’affaire » du Probo Koala réside bien à Abidjan, en Côte d’Ivoire, retracer l’itinéraire du navire et de sa cargaison permet d’éclairer l’enchainement des évènements. Loin de vouloir se décharger des déchets incriminés dans les décharges à ciel ouvert d’un pays en développement, Trafigura, la compagnie qui affrétait le Probo Koala, a d’abord choisi le port d’Amsterdam, aux Pays-Bas. De quoi était réellement composée la cargaison du navire ? Quelles furent les escales réalisées par le Probo Koala ?

 

Le Probo Koala, un géant des mers

 

Le Probo Koala est un supertanker à double coque, sorti des chantiers navals de Busan, Corée du Sud, en 1989. Ses 51 610 mètres cubes de réservoirs lui permettent de transporter de gigantesques quantités de cargaisons liquides, comme le pétrole, ou solides, comme des minéraux.

 

Naviguant sous pavillon panaméen, le Probo Koala est, en 2006, affrété par la société hollando-suisse Trafigura pour transporter des cargaisons de pétrole. Trafigura est la seconde société de trading de pétrole au monde, une multinationale disposant de bureaux et succursales sur tous les continents. La société, spécialisée dans le commerce de produits pétroliers, dégage un chiffre d’affaires de quelque 44,6 milliards de dollars la même année, en 2006.

 

Que transporte le Probo Koala ?

 

Au cours du mois de juin 2006, le Probo Koala, engagé par Trafigura pour transporter des cargaisons d’essence, se fait livrer trois cargaisons, depuis d’autres navires, en Méditerranée. Il s’agit de naphta de cokéfaction, un composé de base de l’essence. Mais ces trois cargaisons, transvasées de navire à navire en pleine mer, contiennent des quantités de mercaptans supérieures à la normale. Supérieures à la normales, mais pas inhabituelles : ces substances sont présentes dans la quasi-totalité des carburants. Leur principal inconvénient est l’odeur sulfureuse qui s’en dégage, une odeur extrêmement désagréable pour l’homme. A bord du Probo Koala, décision est prise de procéder à un « lavage » de la cargaison embarquée, afin de réduire ces impuretés. Au terme du processus, consistant à ajouter une solution de soude caustique, la cargaison se sépare en deux couches : du naphta de cokéfaction « nettoyé », destiné à être livré au client ; et des « slops », les déchets résultant de l’opération, qui retombent au fond des cuves du navire. Ces 528 m3 de résidus sont transvasés dans les réservoirs à slops du navire. Il est à noter que malgré les désagréments dus à l’odeur, aucune des personnes qui, sur le Probo Koala, participent à ces opérations, ne souffrira de maladie par la suite.

 

Plus tard, à Abidjan, la Direction de la défense et de la sécurité civile (DDSC) française confirmera la composition des déchets, un résidu de raffinage particulièrement riche en composés soufrés volatiles (mercaptan, disulfures) et phénols. Des analyses qui corroborent celles du National Forensic Institute hollandais (l’Institut national de toxicologie), selon lesquelles les déchets ne comprennent pas suffisamment d’hydrogène sulfuré pour les rendre toxiques pour l’homme. Ce dernier composant, probablement évaporé dès les premiers heures du déversement des déchets, est aussi celui qui leur confère cette si tenace odeur « d’oeuf pourri ».

 

D’Amsterdam à Abidjan, le périple du Probo Koala

 

Amsterdam, Pays-Bas

 

Le 2 juillet 2006, le Probo Koala accoste à Amsterdam. Cette escale doit permettre de ravitailler le navire et de décharger les fameux slops issus du « nettoyage » de la cargaison, réalisé en mer. Trafigura confie le déchargement des slops à la société Amsterdam Port Services BV (APS), pour un coût estimé, par les deux parties, à 27 euros par mètre cube. APS commence le déchargement de 250 m3 de slops, en les entreposant sur une barge. Très rapidement, la forte odeur qui se dégage de la barge contraint les riverains du port à alerter les pompiers. Bien que ceux-ci réalisent des prélèvements et assurent que cette puissante odeur n’est pas synonyme de danger pour les habitants, la société APS met à profit cet incident pour augmenter le prix de traitement des déchets. De 27 euros/m3, le prix s’envole pour atteindre les 1 000 euros/m3. Trafigura refuse la transaction. Avec le feu vert des autorités environnementales d’Amsterdam, les slops sont de nouveau embarqués sur le Probo Koala, non sans que des échantillons soient prélevés par la District Environnemental Police (DEP) d’Amsterdam et le National Forensic Institute hollandais.

 

Le 5 juillet, le navire quitte le port d’Amsterdam, avec à son bord les slops et l’ensemble des autorisations adéquates. Aucun cas d’intoxication ni de maladie, due au déchargement-rechargement de la cargaison incriminée, ne sera jamais déclaré après le passage du Probo Koala à Amsterdam.

Abidjan, Côte d’Ivoire

 

Le 19 août 2006, le Probo Koala s’amarre aux quais du Port autonome d’Abidjan, l’un des plus sophistiqués d’Afrique occidentale, mais aussi l’un des plus importants. Le traitement des slops est monnaie courante sur le port d’Abidjan, où plus de 30 000 tonnes de ces résidus, issus des produits pétroliers, y sont déchargés en cette seule année 2006. Par mail, Trafigura prend soin d’indiquer à son agent maritime sur place, la société Waibs, que « les résidus à bord sont un mélange d’essence et de soude caustique avec une forte concentration de mercaptans. (Pour cette raison), le mélange a une extrêmement forte odeur et doit être retiré du navire et éliminé convenablement pour éviter tout souci environnemental ou des problèmes avec les autorités ».

 

Le déchargement des 528 m3 de slops dure toute la journée et jusqu’au 20 août. Les camions, affrétés par la société Tommy, commencent leur allers et venues. Mais au lieu de confier les déchets du Probo Koala à une installation spécialisée dans leur retraitement, l’avitailleur maritime Tommy fait déverser le contenu de neuf à douze de ses camions citernes dans un certain nombre de décharges à ciel ouvert, en périphérie d’Abidjan. C’est le cas de la fameuse décharge d’Akouedo qui, sur plus de 100 hectares, est devenue au fil des années l’une des plus grande « poubelle » d’Afrique. Cette négligence est-elle due à l’inexpérience, à la négligence et au manque de qualification de la société Tommy, créée de toutes pièces quelques semaines seulement avant de proposer ses services au Probo Koala ? Ou aux conducteurs des camions citernes qui souhaitent éviter de payer les bakchichs aux points de contrôle ? Toujours est-il que, très rapidement, la puanteur extrême, due aux mercaptans, gagne les quartiers de la capitale ivoirienne près desquels les slops ont été déversés.

Paldiski, Estonie

 

Le Probo Koala reprend la mer le 22 août 2006, direction l’Europe. Il arrive dans le port estonien de Paldiski le 9 septembre. « L’affaire » ayant éclaté entre temps, Trafigura autorise la police néerlandaise à venir enquêter à bord. L’ensemble de l’équipage est interrogé et examiné. Aucun de ses membres ne présente ni ne signale de symptômes ou de maladie. C’est dans ce même port que le Probo Koala sera, à partir du 26 septembre, « bloqué » par le navire Artic Sunrise, de l’ONG Greenpeace.