Intense campagne médiatique et judiciaire contre Trafigura

Après l’exploitation politique de l’affaire des déchets, se met en place une véritable campagne judiciaire. Des cabinets d’avocats européens, pressentant les immenses bénéfices qu’ils peuvent tirer du scandale, entrent dans la danse. De Londres à Abidjan, ils mettent sur pied un véritable système, consistant à faire recruter le plus de victimes possible, afin de faire gonfler leurs notes d’honoraires. Ils sont aidés en cela par une très efficace campagne médiatique, orchestrée par un réseau d’ONG et de médias, face auxquels la communication de Trafigura reste inaudible. Au mépris des vérités scientifiques, l’enjeu pour ces acteurs n’est pas tant de dédommager d’hypothétiques victimes que de faire valoir leurs intérêts particuliers.

Des cabinets d’avocats européens décident de lancer une action collective contre Trafigura, à Londres. Afin de faire proportionnellement gonfler leur note d’honoraires, ils procèdent à une véritable campagne de recrutement de victimes à Abidjan, tout en relayant une intense campagne médiatique mondiale à l’encontre de Trafigura. Pour ce faire, ils s’appuient sur d’innombrables associations de victimes, opportunément créées en Côte d’Ivoire.

Après l’exploitation politique de l’affaire des déchets, se met en place une véritable campagne judiciaire. Des cabinets d’avocats européens, pressentant les immenses bénéfices qu’ils peuvent tirer du scandale, entrent dans la danse. De Londres à Abidjan, ils mettent sur pied un véritable système, consistant à faire recruter le plus de victimes possible, afin de faire gonfler leurs notes d’honoraires. Ils sont aidés en cela par une très efficace campagne médiatique, orchestrée par un réseau d’ONG et de médias, face auxquels la communication de Trafigura reste inaudible. Au mépris des vérités scientifiques, l’enjeu pour ces acteurs n’est pas tant de dédommager d’hypothétiques victimes que de faire valoir leurs intérêts particuliers.

Le recrutement des victimes érigé en véritable business model

Dès novembre 2006, plusieurs cabinets d’avocats européens s’auto-saisissent de la défense des « victimes », réelles ou prétendues. Ils multiplient les contacts avec les innombrables associations de victimes ivoiriennes et se rendent directement en Côte d’Ivoire afin de démarcher les habitants d’Abidjan – au mépris des règles régissant la profession d’avocat, qui proscrivent, notamment en Côte d’Ivoire, « tout acte de démarchage et de sollicitation », ce qui leur sera, en vain, rappelé par le Bâtonnier de l’Ordre des avocats ivoiriens.

Les avocats européens, particulièrement ceux du cabinet londonien Leigh Day & co, enchaînent ainsi les réunions, conférences de presse et déclarations dans les médias locaux afin de soutenir ce qui s’apparente à une véritable campagne de « recrutement » des victimes présumées des déchets du Probo Koala. Pour recenser les plaignants, le cabinet britannique s’appuie sur des associations locales de victimes qui, depuis le drame, se sont opportunément multipliées à Abidjan. Ces associations sont explicitement encouragées à enrôler le plus de victimes possibles, et se voient promettre par les avocats de Leigh Day & co des honoraires s’élevant à 3% des dommages et intérêts éventuellement perçus par chaque plaignant. Dans les rues d’Abidjan, une véritable armée mexicaine de rabatteurs et recruteurs de potentielles victimes se met en branle.

Pourquoi un tel empressement, de la part d’avocats européens qui ne semblent pas concernés, au premier chef, par cette affaire ? Parce qu’en entamant une procédure judiciaire contre Trafigura, le cabinet Leigh Day & co, spécialisé en matière d’indemnisation et de dommages causés à autrui, espère ainsi faire gonfler ses notes d’honoraires, calquées sur les sommes éventuellement empochées par les victimes. Le 7 novembre 2006, les avocats britanniques lancent donc, au Royaume-Uni, une action collective au nom des Ivoiriens qui affirment avoir subi des dommages graves liés à l’exposition aux slops du Probo Koala. Au terme de cette action collective, le cabinet anglais déposera une demande d’honoraires équivalente à 133 millions d’euros à la Cour de Londres, la plus élevée jamais constatée dans ce type d’affaire. Leigh Day & co finira pas encaisser l’équivalent de plus de 40 millions d’euros d’honoraires et de frais, soit davantage que l’indemnisation de la totalité des victimes déclarées.

Invités par Greenpeace Hollande en janvier 2007, les associés du cabinet Leigh Day & co se rendent donc à Abidjan, afin de faire signer les pouvoirs à 200 « victimes » précédemment recrutées, conformément au droit anglais. Chaque victime présumée se voit promettre une somme allant de 2 500 à 7 600 euros. Au terme de 18 mois d’intensif démarchage, Leigh Day & co pourra ainsi s’enorgueillir d’avoir recruté quelque 29 614 plaignants.

Une guerre asymétrique d’information

Sans attendre les conclusions d’analyses des déchets ni même d’envoyer ses représentants sur place, le cabinet Leigh Day & co affirme, dans les médias et sur son site Internet, que les matières contenues dans les slops ont causé des « dommages graves et durables » à ses clients, mais aussi que Trafigura connaissait la toxicité des déchets et a cherché à s’en débarrasser à moindre coût, provoquant décès et fausses couches chez les habitants d’Abidjan. Si les analyses menées en Côte d’Ivoire ou aux Pays-Bas, tout comme les témoignages d’experts reconnus, contrediront finalement la version du cabinet anglais et conduiront à sa condamnation et au retrait des textes incriminés, ces affirmations mensongères seront amplement reprises sur Internet. Pour l’opinion publique, l’affaire est entendue : Trafigura est coupable, avant même qu’un quelconque procès se soit tenu.

Cet épisode est révélateur de la véritable guérilla médiatique menée par différents acteurs au détriment de Trafigura. Le statut de multinationale de l’entreprise de trading pétrolier ne l’a pas protégé contre la propagation virale d’informations diffamatoires. Bien au contraire. L’organisation pyramidale et hiérarchique de Trafigura, ainsi que le soucis premier de la libération de ses cadres dirigeants, incarcérés à Abidjan, l’ont probablement empêché de prendre la mesure du réseau mondial qui se tissait contre ses intérêts. Un réseau articulé autour d’acteurs disparates, qui co-élaborent une stratégie de communication d’autant plus efficace qu’elle est démultipliée par les reprises sur Internet. Au cœur de ce réseau d’influence, on trouve tout d’abord l’ONG Greenpeace Hollande, qui avait lancé, en 2005, une campagne mondiale contre les déchets toxiques. Pour l’ONG, « l’affaire du Probo Koala » a constitué une opportunité en or pour relayer son message, en bloquant le navire dans le port estonien de Paldiski et en peignant sur sa coque un slogan, « L’Europe intoxique l’Afrique ». L’image choc sera relayée dans le monde entier. Que les toxicologues estoniens déclarent que les slops du Probo Koala ne contiennent rien d’inhabituel pèsera peu dans cette guerre asymétrique d’information.

Une guerre d’information à laquelle contribuent de nombreux organes de presse européens : les journaux The Guardian, De Volkskrant et les radios BBC et NRK Norway, pour ne citer qu’eux, reprennent mot à mot chaque communiqué de Greenpeace. Trafigura, de son côté, est inaudible, et ne peut s’appuyer que sur les décisions de justice pour rectifier les affirmations trompeuses, comme celles de la BBC, accusant les déchets d’avoir provoqué des morts et fausses couches parmi la population d’Abidjan. Contrainte d’accepter les conclusions des experts dédouanant Trafigura, la BBC retirera ces « informations » et paiera plus de 27 000 euros de dommages et intérêts. Dans ce vaste réseau horizontal, réunissant ONG et médias, le cabinet Leigh Day & co reste à la manœuvre : est-ce un hasard, quand on sait que Martyn Day, le principal associé du cabinet londonien, fut président de Greenpeace au Royaume-Uni jusqu’en 2006 ?