Trafigura, bouc émissaire d’une Présidence ivoirienne ébranlée

En dépit de l’ensemble des expertises menées par les équipes des Nations Unies et de la Sécurité Civile française, qui concluent toutes à la non-toxicité des déchets du Probo Koala, les autorités ivoiriennes entretiennent la panique parmi la population. Les foules se pressent dans les dispensaires de santé ouverts par le gouvernement du Premier ministre (la Primature). Pour Charles Konan Banny, le déversement sauvage des déchets représente une opportunité pour déstabiliser la présidence. Laurent Gbagbo, quant à lui, entrevoit le premier tous les bénéfices politiques et financiers que son camp peut retirer de cette affaire.

Le Premier ministre fait arrêter un certain nombre de responsables administratifs, proches du clan Gbagbo. Profitant de la venue des dirigeants de Trafigura à Abidjan, ce dernier les fait arrêter et incarcérer. Contre une « rançon » de 100 milliards de francs CFA, les responsables de l’entreprise sont libérés en 2007 et l’Etat ivoirien accepte de traiter les éventuelles futures réclamations. Les responsables ivoiriens arrêtés par le gouvernement sont libérés par la présidence et réintroduits dans leurs fonctions.

  • Arrestation/libération Marcel Gossio, patron du port machine à cash de Gbagbo avec les douanes
  • Protocole d’accord plus de responsabilité pour indemnisation des victimes pour Traf
  • Procès  Assise Abidjan  Trafigura out / Tommy in

En dépit de l’ensemble des expertises menées par les équipes des Nations Unies et de la Sécurité Civile française, qui concluent toutes à la non-toxicité des déchets du Probo Koala, les autorités ivoiriennes entretiennent la panique parmi la population. Les foules se pressent dans les dispensaires de santé ouverts par le gouvernement du Premier ministre (la Primature). Pour Charles Konan Banny, le déversement sauvage des déchets représente une opportunité pour déstabiliser la présidence. Laurent Gbagbo, quant à lui, entrevoit le premier tous les bénéfices politiques et financiers que son camp peut retirer de cette affaire.

L’affrontement entre la Présidence et la Primature

L’instrumentalisation de la colère populaire par la Primature

Au sein de la population paniquée, les premiers collectifs de victimes voient le jour, encouragés par la Primature. Le Premier ministre, Charles Konan Banny, dont l’assise populaire dans les rues d’Abidjan ne peut rivaliser avec celle de son adversaire Laurent Gbagbo, tente d’instrumentaliser ces collectifs de citoyens en colère. L’objectif poursuivi par Konan Banny est de monter ces groupes contre des personnalités de l’Etat, proches de Laurent Gbagbo, accusées d’avoir une responsabilité dans le déversement des déchets du Probo Koala – c’est pourquoi plusieurs responsables et hauts fonctionnaires sont emprisonnés, en plus des dirigeants des sociétés Tommy et Waibs ; puis de capitaliser sur la répression qui devrait suivre, afin de susciter un nouveau sentiment d’indignation et d’unité populaire contre la présidence. Malgré les tentatives de lynchage du ministre des Transports ou du directeur du Port autonome, la répression ne viendra pas.

La bataille pour désigner les responsables

Le 6 septembre 2006, le Premier ministre remet la démission de son gouvernement au chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. Le président demande à Charles Konan Banny de former une nouvelle équipe gouvernementale. Dans le même temps, Primature et Présidence se livrent à une guerre d’enquête et d’analyse de la situation, pour contrôler la légitimité des discours des experts et magistrats et, à terme, la désignation des responsables. Le Premier ministre met sur pied une Commission nationale d’enquête sur les déchets toxiques, le président une Cellule présidentielle chargée des catastrophes humaines et naturelles. Alors que la guerre fait rage en coulisses, un événement inattendu va renverser la donne, au profit de Laurent Gbagbo : les dirigeants de Trafigura se rendent en Côte d’Ivoire.

Les dirigeants de Trafigura pris en otage de la situation politique

L’arrestation du management de Trafigura

Le 14 septembre, Trafigura dépêche une équipe à Abidjan afin d’apporter une assistance technique, médicale et financière à l’enquête. Claude Dauphin, président-fondateur de Trafigura, et Pierre Valentini, un haut cadre de l’entreprise, accompagnent une équipe de médecins, un géologue et un ingénieur en raffinage. Le 18 septembre, ils sont arrêtés avec le directeur local de Puma Energy, une filiale de Trafigura, et placés en détention provisoire à la prison d’Abidjan. Ils y resteront enfermés cinq mois.

La venue des dirigeants de Trafigura représente, pour Laurent Gbagbo, une triple opportunité : transférer la responsabilité du scandale sur la multinationale, dédouaner son propre camp et espérer une indemnisation colossale, à l’image des profits réalisés par l’entreprise à travers le monde.

Amalgame, récupération et transfert d’émotion

De la même manière que l’ouverture des hôpitaux validait la thèse d’une intoxication massive de la population, l’incarcération des dirigeants de la multinationale valide leur culpabilité. Les morts et malades déclarés sont récupérés par la présidence pour faire monter l’émotion populaire et le ressentiment contre les responsables désignés et amalgamés : les dirigeants – dont on souligne la nationalité française – de Trafigura, les Nations Unies et la Primature sont indistinctement désignés à la vindicte populaire.

Trafigura victime de sa bonne foi

En se rendant, de leur propre initiative, sur les lieux mêmes du scandale, les dirigeants de Trafigura ont accrédité la thèse de leur responsabilité. L’entreprise n’a pas pris la mesure de la récupération possible, dans un climat de panique populaire, de la venue de ses cadres par des forces politiques qui se disputaient sans merci leurs prérogatives. Une fois les dirigeants de Trafigura sous les verrous, la responsabilité de l’entreprise Tommy ou des autorités portuaires disparaît dans le discours médiatique. La « prise de guerre » est presque trop belle, et le « butin » estimé dépasse toutes les espérances. « Qui va payer l’addition ? », demandent les journaux ivoiriens : la réponse est toute trouvée.

La rançon et la victoire de la présidence

Le management de Trafigura en prison, Laurent Gbagbo réintègre dans leurs fonctions les personnalités de son camp initialement suspendues par le Premier ministre : deux mois après le drame, le directeur général du Port autonome et celui des douanes retrouvent leur poste. Les protestations de Charles Konan Banny n’y pourront rien. Le Premier ministre est désormais marginalisé, politiquement neutralisé.

Claude Dauphin et Jean-Pierre Valentini sont poursuivis pour « empoisonnement et infraction à la législation sur les déchets ». L’important n’est pas là. Pour la presse ivoirienne, « avoir sous le coude les dirigeants de l’entreprise incriminée, dotée d’un énorme matelas financier, est une aubaine que les procureurs ivoiriens ne veulent pas laisser passer. Le plus difficile reste maintenant à établir leur culpabilité de manière irréfutable ». Alors que les autorités interdisent l’accès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de l’US Center for Disease Control and Prevention aux déchets, afin de les analyser, les tribunaux ivoiriens se basent sur une seule analyse, opérée par le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), dont la plupart des observateurs soulignent le caractère fantaisiste des conclusions.

Car la version officielle vaut de l’or : près de 100 milliards de francs CFA (plus de 152,4 millions d’euros) seront versés par Trafigura au gouvernement ivoirien, en échange de l’abandon des poursuites judiciaires à l’encontre de l’affréteur du Probo Koala. Le 15 février 2007, les dirigeants de Trafigura sont libérés, après cinq mois de détention. A sa sortie de prison, Claude Dauphin déclare qu’il est « allé en mission en Côte d’Ivoire pour aider les habitants d’Abidjan (et qu’il attend) maintenant que Trafigura et le gouvernement (ivoirien) travaillent ensemble pour offrir un avenir meilleur aux habitants d’Abidjan ».